Traité des poussières | 45

jeudi 15 septembre 2016, par sebmenard

Nous avions décidé de passer quelques temps au pied des Carpathes. J’écris « Carpathes » avec un « h », à cause de Jules Verne. Nous avions trouvé une famille pour nous héberger quelques mois. Nous aurions pu rester longtemps. Tout se passait bien. Nous avions une petite maison. Un poêle pour se chauffer. Du bois pour tout l’hiver. Et nous étions au pied des Carpathes. Beaucoup de choses nous fascinait là-bas. Les Carpathes bien sûr. La lumière du ciel le soir. L’odeur du village. Les chemins qui mènent à ce village. Les vergers. Des histoires d’ours et des poussières de l’est. Les enfants qui vivent là-bas eux aussi étaient fascinants. Ils semblaient libres, forts et ingénieux. Un après-midi, alors que nous avions coupé du bois dans la cour pendant toute la journée, une petite pluie commençait à tomber. Eux se marraient. Ils riaient. Nous avons rentré nos outils pour finir nos découpes à l’abri. Dans la cour, à la place que nous occupions, il y avait un énorme tas de sciure. Et cette sciure était de plus en plus humide : la pluie ne s’arrêtait pas. Les enfants eux ont fini par se jeter sur ce tas, faire une bataille de sciure, de poussière de bois. Ils se jetaient de la poussière de bois sur le corps. Ils s’aspergaient de poussière. Ils criaient sous la poussière. Ils mangeaient de la poussière. Ils se roulaient dedans. C’était beau.

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