Ces notes ont été mises à jour le 1er juin 2026 par Sébastien Ménard. Diafragm. RSS (à venir).
en relisant, par exemple dix années du journal permanent, en prendre un par mois, maximum, et même pas sûr qu’on en trouve un « bien », un qui « tiennent », un qui — c’est ça en fait la grande question, qu’est-ce que ça fait ? — pourquoi ? — donc un par mois, pendant dix ans, ce qui ferait quelque chose comme 120 fragments
#effraie
Ils disent qu’en voir un gros, un vieux gros, ça fait peur, et puis le
bruit, un raffut de terre et de souffles, ou bien en bande et là alors,
c’est le nombre qui ferait trembler — là-bas nord nord-ouest, à l’angle
du bois et dans les chemins, ils dorment probablement — ou s’ébrouent et
se roulent et se grattent — là maintenant, un creux dans le ruisseau,
une mare, on dit la joie mammifère de s’y rouler — mais ils ne savent
rien, mais ils continuent de marcher.
#embâcles
ces dernières années, il ne pleut plus à l’automne, on attend,
tout le monde attend, il s’agit d’attendre et de marcher dans le lit du
ruisseau à sec, embâcles la vie pareille attente fait quel grabuge
Ce qu’écrit Joachim est à la fois terrifiant et réaliste
« C’est ainsi que se termine le premier quart du 21e siècle. Profitez-en bien. »
6h36, à raccommoder
couturer reprendre
les trous d’un tee-shirt
acheté d’occasion le poème
tenir par le bout de l’aiguille
et poursuivre et tenir et
au fond de soi-même trouver
les pistes et les bons nœuds
je me souviens pareil le fil
avoir serré bien fort dans mes bras
l’ami l’amie dénouer couper apprendre
écouter comme le froid fait du silence
tout autour et même
dedans
#effraie
Renard gros grand gris court dans les herbes la peur on lui prête
nos émotions Renard grande queue poils grossie dans
la vitesse la bête surprise aperçue vue dérangée peut-être
on va dans le froid sans intention sans même poser
les bonnes questions
cassé la glace
des bêtes
vers 7h30
épais morceaux
#effraie
le blanc mat
de la nuit
l’hiver
quand on mâche quantités de silences
et de petites tentatives
des attentes
#philia
marchant dans les prairies des harmoniques je fais
des harmoniques avec ma bouche avec mon ventre
le tien contre le mien dort l’enfant
fatiguée je marche à grandes enjambées
calme et tranquille, calme et tranquille
les grands arbres les vieux arbres
calmes et tranquilles, calmes et tranquilles
tout ce qu’il faudait faire, faire et encore faire
je ne peux m’empêcher
de penser — pourtant
voilà j’ai réussi tu dors
marchant dans le soleil de janvier je fais
des harmoniques je porte
un petit paquet de futurs
serrés en boule
contre moi
#philia
avec le pied on va
dans les prairies dans les herbes
mouillées janvier le vent
la neige le gel ont tout cuit
c’est beau il dit il court il court il saute
avec les pieds dans la boue sur les arbres
les lacets refaire toujours les pieds
l’un devant l’autre on avance on tape
dans un ballon on rit on écrase
des crottes de brebis on saute
des barrières on arpente on parle on
fait des plans ensemble être là
qu’est-ce que ça veut dire
Le gros de pluie toute la nuit, et le vent dans la cheminée —
le sommeil tout tremblé parfois on aime
tellement la nuit le vent la pluie
qu’elle dure oui qu’elle dure
#labor
carottes carottes les unes
après les autres
prises la main
les fanes cassées
le vent de janvier
les peurs de toujours
la voix d’un
patron dès le matin
faire des efforts carottes
carottes encore les longues heures
s’étirent dans le silence
ou le grand bruit dedans
la langue heurte le silence
ou le grand bruit dedans
#philia
soir l’enfant la joie
les mots te disent
des vérités qui font tenir
qu’as-tu fait
de ta journée
dis-moi les mots
les choses que tu fais
je te répète
comme tu es là toujours
encore j’y pense
les dix-huit (18) étés
que nous passerons ensemble vertige
#labor #cailloucaillou
Hier, un collègue évoquait la plénitude et la satisfaction qu’il pouvait
ressentir lorsqu’il regarde des vidéos de concasseurs à cailloux. Les
gros cailloux avancent sur le tapis puis ils sortent plus petits,
brisés, en tas, apparement inertes. On lui propose aussi des
vidéos de marteau piqueur. Même joie simple.
#labor
Ce qu’être abruti joliment usé par 9h d’un travail éreintant gestes
répétés laisse surgir.
#effraie
Bovins dans le pré. Le mouvement lent des bêtes et comme elles appellent
le même mouvement lent pour nous-mêmes. Par sécurité déjà. Et pour une
sorte de zen peut-être aussi.
#effraie
gros de noir nord plein
le cri répété d’une bête
juste avant l’aube
#effraie
toujours la même
question revient surgit jaillit
faire ou ne pas faire
comment faire
les machines grosses machines
petites machines les mains les bras
je parle des ronces les grosses épines les pionnières
laisser la forêt revenir ou
laisser les prairies ouvertes
la poésie pour mettre les mains
dedans
marchons au rythme de l’âne
#labor
on est dans le silence comme dans
le grand doute et la joie
d’être vivant mais broyé souvent
quelque chose de plus grand venu
écraser la chose on est dans
la petite machine qui parle
et qui parle
et qui parle dedans
une mécanique emballée
| #labor je pense à Horticole et aux tentatives autour j’aimerais poursuivre ça aussi |
#labor
le pire en fait, ou peut-être, c’est d’avoir l’impression de faire
quelque chose d’utile
on accepte tellement de choses alors
#labor
mais les mots manquent
et pas dans leur absence
ni même par le doute
non
pris dans l’usure
et la casse dedans
le corps la langue
il n’y a plus
de quoi faire tenir
« Celui qui écrit sait qu’il a un corps et qu’écrire excède le langage. Voilà pourquoi surveiller ce qui s’écrit cela a toujours été surveiller les corps et voilà pourquoi il est encouragé aujourd’hui que plus aucun corps n’écrive. »
> Pablo Duran, in. L’horizon du langage
#labor
on s’enfonce
en pleine conscience
dans le geste répété
la langue est un mal
de tendons de peau
#labor
une répétition
balbutiée en nous
ouh le bazar
que ça fait
de se taire
L’idée de penser le poème comme une tentative, en dehors de toute idée de performance. Garder ça en tête à chaque fois qu’il s’agit de projeter la parole au dehors.
#labor
« Si je n’étais pas une vendue, j’aurais noté aujourd’hui dans mon profil candidat : “Ai rempli mon bilan d’entretien sur mon blog, cf. note du 22 janvier 2026”. »
Lucie Desaubliaux, entrée du 22.01
#embâcles
longtemps que je ne suis pas
venu te voir
l’eau est là
je ne suis pas certain qu’elle “coule”
ou alors
si peu
en dessous peut-être
j’aime la savoir
ici
#labor
lisant Ushio Amagatsu, la perception très claire (?) que la poésie
— elle aussi alors ? — est un dialogue avec la gravité (les gravités
?)
#effraie
Il faut voir alors comme les haies doutent et ploient — les lamiers sont
graissés, affutés, parés — ne reste qu’à trouver la force de
poursuivre.
#labor
plusieurs fois pensé qu’on ne fait pas poésie
de tout surtout pas
de ça pensé à plusieurs
reprises dans la journée le froid
la boue l’eau
les gestes répétés ajoutés
les uns aux autres
le noir noir
dedans qui revient
toujours si vite
on ne fait pas poésie
avec ça
plusieurs fois pensé aussi
que c’est ça le boulot
écrire
chercher les mots « quand même »
#labor
ça se met quelque part
partout peut-être même
dans le corps ça se met
jusque dans le doigts
devenus raides raides
#philia
je pense à une performance, l’instinct paternel (ça s’apprend),
je pense à des objets, des extraits d’articles, de livres
est-ce autre chose que du poème ?