diafragm | Sébastien Ménard       

Ces notes ont été mises à jour le 11 juin 2026 par Sébastien Ménard. Diafragm. RSS (à venir).

mai

1er mai

#cailloucaillou

lisant Mathieu Duperrex, La rivière et le bulldozer

draguer & seéquestrer
eaux & sédiments
techniques les plus primitivement
ancrées dans les relations des humains à l’eau
à la vie

penser aussi à la manipulation des fluides pour les bébés, bambins, jeunes enfants

(la main en coupelle
ou resserrée en bêche
porter l’eau)


finalement, vivre ici avec les journées faites de nombreux petits gestes et chantiers, entretiens, maintenances, productions nourricières — écrire oui, mais écrire autrement, écrire oui, écrire


#embâcles
pleine lune du 1er mai — rassuré finalement de voir qu’elle coule encore — quelques litres à la minute voire moins — assis sous le vieux saule la sève peut-être va plus vite que le ruisseau — le pollen en boule dans la boue — les moteurs au loin toujours les moteurs au loin — les iris jaunes en fleur — les bêtes qui nous oublient si vite — écrire, parce qu’on aurait quelque chose à dire ? — ou écrire parce qu’on cherche ce qu’il faut dire ?

5 mai

#philia
joie l’argent la bourse d’écriture des droits d’auteur
mais qui pour tenir avec deux enfants logement gasoil manger marcher


#embâcles
un mois sans pluies
et maintenant
combien de millimètres prendre la mesure
des écoulements


#labor
or sans la joie
on s’écroule

8 mai

#philia
on a besoin dans
la vie dans
le poème
d’une tronçonneuse
d’une tarière
d’une débroussailleuse sur roues tant de choses
on a besoin de tant des choses des pneus 24 pouces
chambre à air pareil pour le vélo de mon enfant


#philia
t’accompagner vers
les chemins les sources
et les grands arbres
je veux dire :
marcher seul en droit de vadrouille
la langue chemins broussailles


#cailloucaillou
un silence libellules bouge bleue
on a les lèvres qui voudraient le dire
ou le silence rattrapes-nous s’il pouvait
si elle pouvait la langue et si seulement


#effraie
als répètent comme les pies
une parole jetée dans la prairie
pendant que les détroits
les cargos et
quels égarements lointains ou proches
intimes secousses toujours même réponses
als engrangent et sèment
à nos façon de le faire


#effraie
als font abri de tous bois
dans le rire et
remettre à demain
les grands desseins ouhlàlà

9 mai

#philia
oh la peur
et les miennes écrire
avec ça vivre et tenir
avec ça je veux dire
tout le bazar que ça fait
surgir — tout ce que ça fait
tomber — et puis se relever
ensemble se relever


#titres
apicaux
écorces
cambium
sève(s)


#effraie
als mettent
autour du feu ce n’est pas
forcément
une question de flammes
ou de bois
ou foyer combustion
als se mettent autour du feu se serrent

17 mai 2026

#effraie
als ont les mains qui fouillent la terre mouille
le lit encore humide
toucher l’écorces des saules toucher la ronce
un aiguillon dans l’épiderme
et drageonner, et marcotter, et bouturer
als ont les membres droits
tiennent
pattes sabots les onglons confondus
une distinction dont prendre soin

#embâcles
mains qui fauchent
creusent attachent
coupent et scient
gestes connus dans la paume
regarder les veines et leurs trajets vert bleu
sous la peau des jours les flux
premières choses tenus

20 mai

#embâcles
le ruisseau m’a dit
que les mots ne se suffisent pas
que tous les silences
ne se suffisent pas
que la parole ne se suffit pas
als m’ont dit
c’est dans le brouhaha des eaux de l’hiver
dans la disparition des saisons sèches
phrases des absents
phrases des boues
les pieds dedans
enfin tenir
ma bousculade

21 mai

#effraie
als aboient hurlent
à faire trembler
les décidés
s’oublient les matins tôt cuits secs


#effraie
ou le hurlement des lames
et fer battu
dans les lointains à bouche bée
à bouche suée
à Bouchenoire toujours les mots comme quoi


#embâcles
bonhomme rivière des menthes
dont le vert s’accroche
aux doutes une purée à mâche-mots
— on crache vert aux silences —  et puis ça nous rattrape

27 mai

#embâcles
als s’enterrent
et coulent
en dedans les traces restent les attentes
aussi als entendent
les chants les cris
il y a
le vent dans les feuilles
juste avant la pleine lune
des voix comme laissées
dans l’air déjà chaud et inquiet


#effraie
à la hâte, hisser
toutes graines debout
et puis attendre pluies, attendre vents
attendres bêtes poils
un faux silence — quoi les mots ?


28 mai

#effraie les rites à chaque lune
et d’autres passages
aussi — als font ce qu’als font
avec les sauges, avec les bois
inventer des magies


#effraie
ou alors, c’était au moment des fruits rouges
— au moment des oiseaux des doigts tâchées
et même les bêtes une coulée rouge
la bouche goulument une joie
als disent une acidité bienvenue
un sucre rouge et des dispersions —  ça avait commencé au moment des branches chargées
les petites baies les premières tiges de l’année prochaine déjà

#philia ouh comment dire
accueillir ça les mots
c’est n’importe quoi
ce que je dis c’est n’importe quoi
ce que je fais c’est n’importe quoi


#philia
tes premières brasses
l’eau tiède du lac et l’invisible
sous nos pieds l’écrevisse

29 mai

#effraie

au soir les
pigeons ramiers par exemple
et parce que
je sais leur donner
un nom — les appeler

dans le voile du ciel on
attend que ça redescende
énergie haute chaude
un trop plein de ça

pour le reste
tant de doute et tant de joies
quantités d’écroulements font quelque chose comme vivre
aller


#effraie

als sont chèvrefeuille et vignes blanches
ou s’accrochent et poudroient
le brille jaune et qui dure
un été dans l’hiver qui vient
à l’assaut de tout voir
tiges lancées les mots tentent
— le reste du temps c’est puiser dans la nappe et en profondeurs

#effraie
lors des premiers bourgeons
les premières fleurs
de courgettes
la promesse du jaune
toujours remise
— quand les passereaux viennent
pour la pâte des nids de frelons les années passées
c’était quand les cycles changeaient de nom
et que nous ne savions rien

2 avril

qu’est-ce qu’un paysage
qu’est-ce que
dessiner le paysage ?
décrire le paysage ?
quels mots pour un paysage ?
quels gestes ?


#philia
mais quand le lendemain
de la première naissance
agneau agnelle vient
tu demandes avec la même joie
si un autre une autre
serait venu·e cette nuit
car tout arrive la nuit

3 avril

#effraie
als sont tous bougés
tremblés par
les morts et les vivants
— les êtres de passage
ou les esprits qui
traversent et restent
et attendent ou
filent — le vent
froid d’avril —
Les abris et les
larmes — grandir

#philia
il y a
toujours quantités
de silences
ou de larmes ou
de tristesses le mot
tristesses
passagères choses
de de tous temps
je fais taire ou
ne laisse pas
surtout pas
surgir j’écris
toujours j’écris
j’écris ce poème
celui-là pour
que ça répare quelque
chose voilà réparer
quelque chose en
moi laisser venir

6 avril

Casper André Lugg, Les biotopes-marie, traduction du norvégien par Emmanuel Reymond et Pål H. Aasen

« luire noire goutte huile
la torsion des mains feuille goutte
dans le poreux du mode
comme dans un cours d’eau
les miroitements dissipent la pensée
arbre visage écorce visage »
p. 25

« (…)
de l’écrit ruisselle devant les pieds
ainsi surgit le souvenir d’une rivière »
p.43

« (…)
je ne me cachai pas des hommes le sable
mais de la mer les minéraux
être soi-même l’invisible frontière »
p. 45

«(…)
comme en prière la proximité
entre la voix et l’eau
»
p. 46

9 avril

#philia
car il ne s’agit pas d’écrire sans s’en parler sans le vivre ensemble le dire ensemble souligner tout ce qu’il faut souligner mince les peurs et être là, comment faire ça, regarder devant ou regarder ici

#labor
un temps de travail et de joie labeur chose vivre chaque jour chaque matin sur le métier
tisser tenter manger manger comment manger
habiter prendre soin tenir

#philia
les photos d’un enfant
qui grandit
au loin

14 avril

les cerises vertes
et les gelées d’avril


#effraie
comme il y a le gonflement
il y a le retrait le retour
les espaces vides ou les
béances en nous pareils
et comment le dire


als ratent et poursuivent
c’est le miroir tendu la joie
rater ensemble et sans les mots

15 avril

#philia
dans la joie de
plier le linge étendre classer
penser le poste-capitalisme
à l’aube un matin d’avril 2027

#effraie
ou les fourmis ou les frelons
les orvets et les guêpes
inspecter la morsure des tiques
ou celle des taons
les monticules de terre qu’elles font —
qui ça ? —
les fourmis les fourmilières la petite poussière
une terre montée dans la joie des saisons sèches
et puis s’enfouir

#philia
quel ami venu
aider aux choses du foyer
planter semer laver étendre
désherber poncer cuisiner récurer tant d’autres
quel ami aidé moi-même pareil
chose détacher frotter récolter décrasser
le poème et la vie

#effraie
vers la mi-avril
les oiseaux de nuit et les chauve-souris
l’eau pompée et les cerises
les bourgeons du mûrier
et ceux des noyers
als comptent les morts et les vivants
tracent des plans des lignes
d’intention tiennent
les comptes des jours et des abris —
maçonner couvrir

#labor
écrire tous les jours
dans le confort du crédit
et du gasoil brûlé dès 8h
mais le poème est un doute
et comment écrire sans faire
reposer le poids du poème
sur tant d’autres humains
### 20 avril

#labor
la double activité en souriant
sur les photographies de ce courriel
6h30-9h, 16h-18h30 et le reste de la journée ou de la nuit
à travailler « votre projet »
un CDI pour s’absenter
de votre foyer famille enfants
développer votre activité entrepreneuriale
renseignez-vous travaillez devenirconducteurdecar.fr
améliorez votre protection sociale et cotisez
la retraite un jour ou l’autre faites-vous parrainer
oubliez

#effraie
d’abord le gaillet
quelques légumineuses — vesses
et fausses gesses — et la véroique
très vite les ronces et les aubépines
de jeunes chênes parfois

#embâcles
pluie la sève
les feuilles en avril
mais le ruisseau à peine — et déjà

22 avril

#philia
les deux tours à meuler
branchés
deux haches récupérées
j’affûte
les étincelles le jaune dans le gris
la poussière et cette odeur le métal
chaud cassant cassé
les couteaux de la débroussailleuse
elle-même tenue il y a combien d’années maintenant
par les mains d’un grand-père maintenant
mort
la même odeur le bruit des pierres ronflement
l’air fouetté soufflé
j’affûte et que ça coupe au mieux
j’aime ça quand ça coupe j’aime ça
je recherche gestes vues répétés entendus
placés quelque part dans moi le corps sait ça
sans doute maintenant qu’on a dit ça l’enfant
lui demande comment faire pour que ça coupe
puis passe à autre chose le vélo est-il prêt
maintenant qu’on a dit que fait le poème que font
les mots

23 avril

je me demande si, finalement
à l’abri des forêts décimées ne devrait pas exister
fait-main
je veux dire, j’ai déjà tenté de le proposer à des éditeurs
de nombreuses fois
c’est comme chercher un boulot
parfois au bout de dix, quinze refus
on commence à se sentir diminué, touché
ça me plairait je crois
de le faire moi-même celui-ci
peut-être essayer en tout cas

je l’écris là
voir si j’y reviens, quand

(dans le même mouvement
l’imprimante crache les feuilles d’Ors, bois, landes et autres passants)

28 avril

#cailloucaillou
rectifier que c’est Marca Bjornerud qui considère que « les roches ne sont pas des noms, mais des verbes, des preuves tangibles de processus » — Mathieu Dupperex effectivement la cite dans La rivière et le bulldozer
Le titre du livre de Marca Bjornerud est magnifique : Comment penser comme un géologue peut contribuer à sauver le monde
p. 8, traduction Mathieu Dupperex


réssuyés
(poèmes)

30 avril

#effraie
ou alors c’était quand les saules et les frênes pleuraient
quand les eaux s’étaient retirées ou quand le loriot
revint pour la première fois de l’année


je pense aussi à talus
une piste à suivre
livres


rassurer

#cailloucaillou
je note, Démanteler les barrages pour sauver les cours d’eau
vu chez Anne, à la librairie


tellement d’idées
faire du pain, du pain sur la planche bien sûr
une fois par semaine et le vendre comme
on vend des poèmes (c’est-à-dire, non ?)
faire du pain et le vendre avec un poème
faire lecture ?
faire du pain dans un lieu


poèmepoème
une remorque et une banderole
car la poésie va sauver le monde
poèmes pour sauver le monde

et même
la fanfare poésie


avec H. ça s’appellerait peut-être
poésie d’accord(s)
ou la poésie d’accord
poésies d’accord
poésies d’accords

on note des mots
pour troubler la page


#cailloucaillou
mangeur de terre
treize miliard d’hectares de surface terrestre
trois fois plus de sédiments déplacés
que les océans n’en reçoivent
deux mille cinq cent kilomètres cubes
de terre
pour les cultures
(avec Mathieu Dupperex, p. 61 de La rivière et le bulldozer)

2 mars

#philia
tu es sur mon dos
bien couverte au chaud
dormir comme ça
je marche
dans l’air frais
les prairies et les doutes
je voudrais lire
Véronique Vassiliou
et Marina Tseaeva


#effraie #embâcles
contourner le ruisseau, courir à l’aube, se faire manger par la joie, laisser surgir et surgir et voir ou croire voir ou croire tout simplement, voir & surprendre, les chevrettes — trois non, cinq, m’ont vu, elles courent, elle s’arrêtent, les oreilles tu sais, levées, dans leur matin, leur aube, leur surgissement, et puis la peur ou ce que j’imagine la peur, elles courent les cinq, toutes se mettre aux abris, vers nos maisons, le bois si proche, potager prairie tout chez nous ou chez elles comment dire attends, je vais trouver mes mots, le ruisseau, le refuge, comme elles savent.


#embâcles
Ce que dit le code des ruisseaux, c’est qu’on ne clôture pas l’écoulement du cours d’eau. Alors ouvrir les grillages, déplacer les piquets, couper la ferraille. Les bêtes déjà, reviennent. Elles tracent leurs sentent et marquent.


#embâcles
laisser passer
les bêtes sauvages


#philia
les distances parcourues par l’enfant
les distances ouvertes, possibles, explorées
la marche à pieds
le vélo
le cyclomoteur & la peur

mon vertige et mes grandes peurs
toujours

la liberté
et le temps
passé ensemble
le poème lui aussi
aimerait “bien” faire

mais le poème ou moi
qui d’autre encore
personne
ne
sait

3 mars

#philia
il y a dans un père de Jean-Louis Tripp
une idée des distances
les distances ouvertes, possibles, explorées
la marche à pieds, le vélo
le cyclomoteur de l’enfant
mon vertige et mes grandes peur toujours

la liberté
et le temps passé ensemble

le poème lui aussi aimerait
“bien” faire
mais le poème ou moi
qui d’autre encore
ON NE SAIT PAS


#effraie
aux abords des abris, als sèment tout ce qu’ils peuvent semer, et de tant de façons différentes, par inadvertance, ou volontiers
de toutes façons et pour passer les hivers
au printemps, avec la joie du nouveau et la bouche
ou la gueule
prête à le dire même si les mots
eh bien on peut les attendre


als, le pronom de Sophie Loizeau, j’aimerais relire tout Sophie Loizeau, écrire à Sophie Loizeau, lui dire pour als et comme j’aimerais lui emprunter

« les bonnes idées sont faites pour être piquées
j’écris à un copain poète
pour lui dire le bien que je pense
de son bouquin
et lui demander d’autres références
dans la même veine.
c’est que je compte bien
lui piquer ses idées
puisqu’elles sont bonnes.
(…)»  
Fred Griot, Enfin tu regardes l’herbe, p.108

4 mars

la ferme-poésie
à l’orée du poème
prairies & poésies
la prairie du poème

5 mars

La menthe coq,
ou balsamita major
pour aromatiser les vinaigres

L’artemis aurone
le pin de Wollemi
j’ai vu un pin de Wollemi

il y en a 100  à l’état sauvage
100 au monde dit-on

7 mars

#philia
te dire que nous sommes TOUS
traversés d’émotions, nombreuses
mieux, tous
ALLUMÉ·ES
pour tout cela
qui nous meut
nous immobilise
nous bouge
et leur donner des noms
serait-ce
notre responsabilité commune
accueillir les accueillir voilà
LAISSE VENIR

9 mars

#embâcles
usine de production
du clos des F.
captage en profondeur
107 mètres
nappe du cénomanien inférieur

un petit ronronnement de machinerie
l’eau que je bois
venue des profondeurs traversant
les kilomètres et les pentes
et les vannes
et tout ce qui doit être traversé
nos cellules toutes
par le doute
et la soif
de continuer


#embâcles
et maintenant, le poème comme une tourbière
les matières oubliées
accumulées abandonnées
transformées
à l’abri des regards
“comme on dit”

la poésie est un feu
pour demain


#embâcles
ruisseaux non pérennes

10 mars

#labor

« J’ai appris à me désolidariser de la violence. Mais pas à me protéger de celle qu’on m’inflige. »
Antoine Mouton, Nom d’un animal, p. 41

#philia

« La peur, le père, le pur, le peu
le pire, le dire, le rire, l’erreur
qui meurt, qui dure, qui perd, qui mue
qui veut
qui ne peut plus »
Antoine Mouton, Nom d’un animal, p. 92

#embâcles

« Qu’est-ce qu’on apprend quand on suit le cours d’une rivière ? Je serai l’élève de l’eau. Ou le stagiaire d’une averse, si je manque de temps. »
Antoine Mouton, Nom d’un animal, p. 85

et puis

#embâcles

« Aucun poème n’élucide
le mystère qui me porte vers le poème.
Je voudrais que tous les oiseaux du ciel se posent sur ma peau.
Ça ne suffira pas
mais ce serait beau.
Et j’irais, plus léger, vers ce que j’appelle la rivière. »
Antoine Mouton, Nom d’un animal, p. 111

#cailloucaillou

« Et toi, sais-tu si ton visage finira incrusté dans une pierre ? Ton amour dans du schiste ? Tes amis dans les strates ? Tes collègues dans les calcaires ?»
Antoine Mouton, Nom d’un animal, p. 86


sable statique / sable dynamique


#cailloucaillou
dans le Béton de Bengana, Baechtold et Maréchal, il y a Gilles Perraudin :

« lorsqu’on se soumet à la matière, on se libère de la tentation de dessiner une forme originale ou de réaliser un geste architectural »
Alia Bengana, Claude Baechtold et Antoine Maréchal, Béton, p. 111

s’appuyer sur cette piste

« construire en pierre, c’est mettre à disposition une carrière pour les générations à venir ! les blocs sont réutilisables à l’infini »
Alia Bengana, Claude Baechtold et Antoine Maréchal, Béton, p. 113

13 mars

la nuit c’est
sans fond
le sommeil
haché en petits
morceaux de doutes
et surtout
le mot fatigue
ou l’épuisement
la langue
pas savoir comment le dire
ou plutôt comment se taire
écouter
le regard
bonté encourager
encore tenir
ensemble

15 mars

#effraie
als s’enduisent ou se parent, als portent laines &
tout le dehors les traversent
quoiqu’ils disent et pensent et tentent
c’est toujours avec les mêmes ombres
au dedans c’est toujours avec les mêmes
paroles vaines paroles les mots
on en ferait les foins pis
le donner aux bêtes


#embâcles
mais la force-bête dépasse et largement
dans le pas vers l’ouest ou tranquille
une joie dans le poil peut-être nous
mettre face à l’écoulement
quand elle s’arrête la bête
c’est toujours une question
nos langages temporairement
s’écoulent et bien nourris presque
als ont l’impression de se comprendre
non-pérennes les eaux s’effacent
ou s’estompent plus tard reviennent


#embâcles aller vers, l’effacement des pronoms
au profit du dernier restant
c’est une construction aller vers
j’ai écrit aller vers
même ce als finalement,
je tente de lui faire dire humain, non-humain
j’en oubliais les non-mammifères


journal : continuer à accumuler, comme une fosse à bitume, par le dessus ?

17 mars

#embâcles #effraie
note pour l’évènement formation des grands éléments
tout et toujours dans le petit
nécessaire aux grandes choses
alors s’élancent formations des prairies formations des ruisseaux
d’abord peut-être
formations des pentes
les pluies ont-elles toujours été là ?


#embâcles

” Delta du Danube, le 18 août
(…)
il coule
dans un lent débit près les pélicans
cormorans nichés martins
pêcheurs en eau claire il se retient de pisser quand l’eau
trouble est mieux pour le silure chasser
un chacal doré l’observe depuis la rive entre les roseaux
venu de la péninsule arabique par des voies secrètes”
Sophie Loizeau, Féérie, p. 117


#effraie #embâcles

« Un pronom personnel spécifique représentant il et elle manque à la langue (idem pour nous, vous, veux) – ce manque je l’ai éprouvé (comme injuste) tout le long du livre.
(…)
Mettre eals pour eux. Créé à partir du pronom de rappel latin ea (au neutre pluriel) et du neutre al au pluriel, eals est plus convaincant.
Et pour ils (il et elle) mettre al au pluriel : als*

*entre eals c’est la force des aimants
als jouissent dans leurs mains dans leur bouche
se retrempent au cœur de leur vieille amour »
Sophie Loizeau, Féérie, « Pour réparer »

18 mars

#philia
quels hommes peuvent
(au delà ou en deça de veulent ?)
aménager leur emploi du temps
pour être présents au foyer ?

(…)

mais alors, une écriture qui ne veut pas faire exemple — car elle risquerait de laisser croire que c’est gagné, or c’est un travail de chaque instant

19 mars

#embâcles
dans la trouée
les arbres ouverts
les haies traversées
les coups de feu
la bête, sauver sa peau
courant l’énorme
sur le chemin au loin traversant les prairies
j’imagine la peur
que ça doit faire au dedans
et le bruit des ongles sur la terre le ruisseau les eaux les sangliers
nous autres als portent ça
jusqu’où


#effraie
identifier les pionnières
ronces & aubépines
jeunes chênes

24 mars

#embâcles
dans le silence qui
précède le silence
dedans les brumes
s’épaississent d’abord
puis font comme
un grand mur blanc
seule la langue
tente encore
quelque chose et puis
tout ce qui parle
sans rien dire


#effraie
ce als
concerne effraie

effraie c’est une autre voix
c’est un peu à côté d’embâcles, en fait


#philia
aller vers la suite du poème, nourrir écriture et rebonds par les contacts
lire, lire beaucoup
pas reçu les soutiens attendus, s’entêter ?


#philia H. évoque sa pause de deux ans et demi, alors que son troisième enfant naissait, et son souhait d’être disponible quelques temps, de la nécessité de l’être, disponible, ce qui conduit à mettre en pause, en sommeil, quelques projets pour tenter de les reprendre ensuite (ce qui ne fut pas toujours chose facile, l’oubli venant vite, les usages ne tenant pas compte de cette situation, quantités d’autres paramètres se bousculant, mais l’origine, c’était ça : s’arrêter quelques temps pour accueillir un enfant)


#instantanés
H. parle d’une façon de faire venir les mots par les tripes, plutôt que d’un cerveau
je vais aller chercher un carnet à feuilles détachables, un carnet de croquis sans doute
mon idée, c’est d’offrir la feuille, le texte, en plus du moment


nous pensons à une ou deux lampes, un fauteuil, un tapis, un guéridon ou une petite table, des fleurs du jour, un support pour écrire (le X du piano ?), un porte-manteau, des livres

25 mars

#philia
A.-C. et L. sages-femmes
« nos » sages-femmes lors de leurs visites
elles m’ont toujours demandé comment j’allais
« moi aussi » comment je me sentais
est-ce que j’avais
des questions

ça a construit quelque chose
c’est rare, dit-on


#philia
gros doute
(mais que serait le poème
sans le doute ?)
en quoi écrire
écrire ce poème
aurait quelque chose de positif
sur le soin nécessaire au foyer
enfants, mère, linge, toilettes cuisine poussières
moi-même
à chaque moment d’écriture
suis-je vraiment
là ?

26 mars

#embâcles
car l’eau commence au début
toute l’eau
commence AU DÉBUT
— au début l’eau vient par les pluies


#embâcles
là le ruisseau petit petit comme
« mince filet » petite chose aura bientôt
la puissance des grands fleuves torrents
l’emporte tout l’eau casse mélange brasse traverse et dépose
le « mince filet » bientôt


#embâcles
mais se réjouir des laissées le dépôt les graines et
les branchages l’eau laisse
des feux à venir l’eau laisse
matières pour chauffer manger tailler tenir
quantités de verbes
en elle


#embâcles
j’aimerais lui offrir
des osiers, des saules et des tilleuls
des aulnes, des frênes et des noisetiers


#embâcles
alors mets tes bottes, viens
sauter dans le ruisseau les deux pieds
mettre dans la boue le froid sentir ensemble
comme elle passe comme rien d’autre ne passe
rire ensemble du poème et de la boue
des langues et des glissades les mains
dedans la matière


#embâcles
je l’ai déjà écrit ailleurs — mais n’est-ce pas la répétition
aussi
qui fait le poème ? —
j’ai peur parfois
des retenues les profondeurs sombres et vases —
les trous creusés les barrages et les accumulations —
tout l’invisible nous guette tout l’enfoui attend l’englouti dispense
et les boues / n’en parlons / pas


#embâcles

« pluies brumeuses, fleurs entre la goutte
                                     interstice ce mot où il se tient
se taire,                mais les mots
qu’en faire ? »
Fabienne Courtade, Il reste, p. 38

#cailloucaillou

« rouler cette pierre,
d’un point à l’autre ne se dissout pas mais nous est utile
à force d’être dispersé
sur toutes les surfaces
et tous les coins de la terre
             sans direction »
Fabienne Courtade, Il reste, p. 139

#philia
le soir je plie je repasse je trie je lave je frotte je détache
je tente de faire de voir le travail j’avance avance
jusqu’à la fatigue la lisière du poème et de la nuit
même pas besoin du poème pour ça SUFFIT DE LE FAIRE


#philia
écouter, t’écouter
tes mots tous les mots
tous les silences aussi tous les silences
surtout les silences

ou c’est
dans le blanc dans
le silence les silences tous
surtout les silences
le silence des silences tes silences
peut-être tes silences car les mots
aussi les mots mince les mots


#philia
je ne sais pas
ce que je cherche ce que je tente
guérir soigner prendre soin
assumer mes responsabilités, vraiment ?
remplir des carnets
en pensant à vous chercher du travail
alors que

31 mars

#embâcles
PROJET DE LOI
sur l’eau et les milieux aquatiques.

(Texte définitif)

L’Assemblée nationale a adopté, dans les conditions prévues à l’article 45, alinéa 3, de la Constitution, le projet de loi dont la teneur suit :

TITRE IER

PRÉSERVATION DES RESSOURCES EN EAU
ET DES MILIEUX AQUATIQUES

Chapitre IER

Milieux aquatiques

Article 1er

Le deuxième alinéa de l’article L. 210-1 du code de l’environnement est ainsi rédigé :

« Dans le cadre des lois et règlements ainsi que des droits antérieurement établis, l’usage de l’eau appartient à tous et chaque personne physique, pour son alimentation et son hygiène, a le droit d’accéder à l’eau potable dans des conditions économiquement acceptables par tous. »


mon ignorance est sans mesure
je lance des requêtes en ligne
« comment savoir d’où vient l’eau
de mon puits ? »
« qu’est-ce qu’un aquifère ? »


#embâcles
poésie de la masse d’eau
du « ruisseau de Suette et ses affluents
depuis la source jusqu’à la confluence avec
le Loir »


#embâcles
calcaires, tuffeau
marnes & craies
façons sédimentaires
et dont la formation se déroule
au cénomanien
(cénoamanien : étape clé du développement des serpents
des lézards, niveau marin à cent cinquante mètres au desuss
du niveau actuel, Woodbinian, des amonites dont on trouve encore
des morceaux ici ou là, des huîtres —  tant d’autres doutes tant d’autres
méconnaissables choses d’importance
debout sur cette terre là filtre complet
l’eau les pluies traversant


#embâcles

« Les habitations qui ne sont sont pas raccordées au réseau d’assainissement collectif, doivent être équipées d’une installation d’assainissement autonome conforme et ne présentant pas de risque pour l’environnement. »


#embâcles
il y a peut-être
la joie d’avoir cru pouvoir aller à nouveau
À LA SOURCE
puisque le reste du temps c’est l’eau canalisée qui jaillit
de nos robinets
mais la source trouver la source les sources
compter

#cailloucaillou

« Assemblez les heureux signes (comme les enfants avec
les cailloux ou enfilant des coquillages)»
in. « Ramage pour le temps des lilas », Feuilles d’herbe, Walt Withman
traduction Léon Bazalgette (1922)


d’où vient l’eau ?

de débris qui se seraient
abattus sur Terre
libérant l’eau qu’ils contenaient ?

de la condensation
de l’eau contenue dans la planète
qui aurait formé des pluies
des pluies diluviennes

février

2 février

je me mets les liens ici, pour mémoire
- la page de Résilients
- le texte intégral de Politiser l’enfance (éditions Burn Août)
- l’incroyable calendrier du Plein temps libre : Cailloux !
- L’écopoétique de Christine Marcandier

10 février

#cailloucaillou
parce qu’être aux bords c’est
être aux limites
à l’instable
au monde mouvant
À L’INDOMPTABLE


#cailloucaillou
Ailton Krenak
quand il parle de la sœur-pierre (!)

13 février

#cailloucaillou
lisant l’Antidote au culte de la performance d’Olivier Hamant, je pense à Caillou caillou, puisque « nous sommes finalement arrivés au terme du Néolithique »
le Néolithique : âge de la pierre polie !


#embâcles
mais les pluies
même les pluies
sont des inquiétudes

les nombreuses
dedans pleurent
de joie de peur
les petits ruisseaux
les fossés les fleuves
gonflent
ET
le silence de la pluie


#embâcles
du gros l’écoulement
mousse
même les mots
glissent la boue L’ENFONCEMENT

14 février

#effraie
mais les bêtes
ou les choses
dans nous surgissent
toujours au soir venu
À LA LISIÈRE
elles fouillent
et ne pensent
à rien les (…)

18 février

#embâcles
le jour où
j’ai appris
que j’aurais le temps de t’écrire
tu t’es mis à parler
fort
et comme
traverser devient difficile
te traverser devient difficile
et comme
tu sais tout emporter et joyeusement
le son de l’eau la terre fouillée
le son l’eau le blanc
des chevrettes les poils
dans la nuit venant
février grandes eaux tout
gonflé les bourgeons
grosse pluie

19 février

#embâcles
l’eau a baissé
dans le ruisseau

ce que j’aime c’est
entendre l’eau
sur le sol
et penser à
planter des arbres
semer

la prairie au nord
est devenue
un passage de sangliers
de chevreuils
et d’autres encore

les cabanes de l’été
s’effondrent
une à une

les ronces vont vite
sur la terre laissée
au repos

la floraison
des noisetiers
se termine

on va vers
d’autres temps

20 février

Étais bloqué dans une vieille version d’Ulysses App. (sans abonnement) au format devenu propriétaire. Ai tout sorti en Markdown. Je les ouvre maintenant comme je veux. Quelque chose change. Le site aussi, devait changer, va certainement changer. Est-ce qu’il s’agit de continuer à écrire dans le journal. Tout dans le journal ? Ou bien ça aussi, ça va changer ? Le coup de pouce reçu pour poursuivre l’écriture d’Embâcles, l’idée de trouver un espace d’écriture neuf. Il suffit parfois d’une petite bascule, un signe venu d’ailleurs, et on poursuit.


#embâcles
Les pluies finalement viennent et nombreuses et copieuses et les argiles gonflent et puis sont comme plein. La parole pareille devient boue : elle emporte tout sur son passage et ravine et inonde et abîme et marque. Iels savent pour les silences et les mots. Iels savent pour les montées soudaines et les disparitions.


Je laisse venir ce iels. Il faudra bien le prendre en main, à un moment ou l’autre.

21 février

Je suis dans la lecture d’Une histoire populaire de l’Empire Américain, version dessinée du travail d’Howard Zinn, par Mike Konopacki et Paul Buhle. Il y a, p. 190, ceci, de Langston Hugues, in. Harlem

« Qu’advient-il d’un rêve qu’on ajourne?
Est-ce que cela sèche tel un raisin au soleil, ou est-ce que cela suppure telle une plaie – et puis s’en va ? Est-ce que cela pue comme de la viande avariée ? Ou une croûte avec du sucre par-dessus – comme une douceur sirupeuse ? Peut-être que cela s’affaisse tel un trop lourd fardeau, ou est-ce que cela explore ? »

(traduction du livre dessiné, il y en a d’autres)

23 février

j’ai un projet pour la popopoésie
je voudrais une maison itinérante de la popopoésie
je note ça ici mais il ne faut peut-être pas en dire plus

24 février

comment faire des volets ? les récupérer ? les mettre sur des rails ? à quel prix ? où les rails ? fabriquer ces volets ? quel bois ? venu d’où ?

25 février

D’abord, j’ai souhaité sortir d’Ulysses, ou plutôt du format propriétaire des fichiers Ulysses. J’avais envie de garder Markdown. Je m’y suis fait, c’est assez simple pour être rapide dans mon flux, et les résultats me conviennent. L’équilibre entre la syntaxe et la langue (mais de quelle langue parle-t-on ?) me va. Donc : garder le Markdown, changer d’éditeur de texte, comprendre comment convertir Markdown (Pandoc?). Quantités d’étapes, d’autant que j’écris sur une vieille machine de… fin 2013 (sans compter les milliers de kilomètres qu’elle a parcouru à vélo, en sac à dos, dans des trains, sous la pluie, dans le froid et la chaleur…) ! — un peu d’obstination, un peu de bricolage, ça avance.


Peut-être changer aussi cette barre horizontale qui rythme mon journal depuis plus de dix ans ? Changer quoi encore ? Garder quoi alors ?


Je reviens aux basiques, qu’il me faut apprendre, et qu’il faudrait peut-être apprendre, quand ça donc ? Au début du collège ? Ça, cette perspective, c’est parce que la question de ce qu’on apprendre, ce qui est enseigné, ça compte dans la maisonnée, ici, le foyer, comment dire, comment dire même ça ?


Au jardin, les framboisiers, nombreux, désherbés lentement à la serfouette et au sarcloir, l’enfant endormie dans le dos, trois matinées qui se suivent. Deux brouettes de compost lentement étalées. De grosses joies : l’herbe froide et humide des premiers matins de lumière, les mêmes herbes peut-être écrasées, malaxées, et dont l’odeur surgit — et puis l’odeur plus forte du compost, et puis l’avoir fait soi-même ces deux années écoulées ici, le noir noir de cette matière, et comme c’est le début de tant de choses.


Quitter Spip m’invite à repenser ce que je souhaite publier en ligne, comment le publier. Mais ce mouvement ne vient pas tout seul, il s’agit aussi de comprendre ce qui s’écrit, et comment bien laisser venir cette chose. Puisqu’on n’est jamais trop sûr de ce dont il s’agit.


#embâcles
Il faut pourtant défaire les gestes et les habitudes. Que l’eau passe est une condition.


#effraie
Au premier soleil le dehors est un abri. Les langues ne savent plus où dire leur joie. Tout s’active et monte et pourtant, et pourtant les froids, les bourgeons, les bouches et les impatiences.

26 février

#embâcles
dans le ruisseau
il y a sans doute
aussi
tout le doute
qui s’écoule en nous


tout le doute
et tous les microplastiques
les métaux lourds
PFAS et autres molécules dégradées
transformées portées transportées
toutes nos petites errances
nos tentatives et notre passé

j’aimerais dire ça
j’aimerais le dire bien
et sans blessure
juste pour aller mieux ensemble
pour faire mieux


#effraie
il faut se sanglier comme dirait l’autre et
de quelle joyeuse manière la parole se faire
chevreuil ou blaireau
bon les bêtes d’ici quoi s’imaginer elle
et puis chemin, obstacles, bourgeons


#effraie
C’est juste avant les bourgeons. Ou bien quand les bourgeons démarrent. Quand les premiers s’ouvrent. Ça se fait dans le silence et lentement. On croirait que rien ne bouge. Et pourtant. Déjà le blanc des pruniers, des pruneliers. Derrière les haies effeuillées, des rideaux transparents, là, la carcasse d’une voiture. C’est juste avant les bourgeons. Ou bien quand les bourgeons démarrent. Tout ce que la sève qui monte cache, abrite.

27 février

écrire plus l’hiver ? pour Effraie/Embâcles c’est très clair : il y a de nombreuses notes pour l’hiver, très peu au printemps, très peu à l’automne — à l’été, ça revient aussi quelque chose, un temps plus long qui s’étire

pas certain que ce constat soit lié à une activité salariée, plutôt aux temps du dehors ici, la course aux plantations et aux récoltes, les préparations de la saison d’été, puis celles qui mène vers l’hiver et ses boues


réveillé tôt, avec de grands desseins comme dirait l’autre — vite rattrapé par la nécessité de transformer ce réveil en quelconque façon de gagner de l’argent


soir, le doigt trempé dans un bain d’alcool — j’utilise quantités d’outils où il ne faudrait pas y mettre un seul morceau de chair, c’est pourtant en coupant le pain que c’est arrivé
mais pour qui sait comme les doigts tiennent tout ce qui doit tenir, les bras des brouettes en ce moment, celui des fourches et des serfouettes — avec l’écriture à l’ordinateur, ce doigt là, l’auriculaire droit, c’est en particulier celui du retour à la ligne
et donc quand on a la parole fragmentaire comme moi
quand on a le retour à la ligne facile — 
(…)
et maintenant je pense à l’hôpital municipal de Sigisohara, car il y a un peu plus dix années, le doigt entaillé copieusement par l’outil rouillé avait fini par s’infecter, je ne dormais plus depuis des nuits, la pulse de la pompe à sang dans le doigt me tenait en éveil forcé, j’enfournais le bois dans le poêle, les nuits étaient déjà froide, mais comment dire
ahuri perdu peut-être aussi hôpital municipal qui connaît ça encore ici, on je dis on car nous n’avons pas eu le temps du lien pas gardé contact humaines femmes pour la plupart l’attention portée à la blessure et comme finalement il fallait peut-être faire vite disaient-iels


aussi, une façon d’inviter à l’écoute, ici, à la lisière des bois
sur les prairies


#embâcles

l’eau que nous buvons ici
vient-elle d’un autre bassin versant

mais l’eau qui coule ici
abreuve d’autres ailleurs


#effraie
Quoi les anime, talus les haies, en faire une fête et puis les bêtes, alors on tiendra.


Les bêtes domestiquées depuis tant d’années elles toujours commencent par les clôtures et les bordures, aux bords elles mangent et vivent.

janvier

3 janvier

en relisant, par exemple dix années du journal permanent, en prendre un par mois, maximum, et même pas sûr qu’on en trouve un « bien », un qui « tiennent », un qui — c’est ça en fait la grande question, qu’est-ce que ça fait ? — pourquoi ? — donc un par mois, pendant dix ans, ce qui ferait quelque chose comme 120 fragments


#effraie
Ils disent qu’en voir un gros, un vieux gros, ça fait peur, et puis le bruit, un raffut de terre et de souffles, ou bien en bande et là alors, c’est le nombre qui ferait trembler — là-bas nord nord-ouest, à l’angle du bois et dans les chemins, ils dorment probablement — ou s’ébrouent et se roulent et se grattent — là maintenant, un creux dans le ruisseau, une mare, on dit la joie mammifère de s’y rouler — mais ils ne savent rien, mais ils continuent de marcher.


#embâcles
ces dernières années, il ne pleut plus à l’automne, on attend, tout le monde attend, il s’agit d’attendre et de marcher dans le lit du ruisseau à sec, embâcles la vie pareille attente fait quel grabuge


Ce qu’écrit Joachim est à la fois terrifiant et réaliste

 « C’est ainsi que se termine le premier quart du 21e siècle. Profitez-en bien. »

4 janvier

6h36, à raccommoder
couturer reprendre
les trous d’un tee-shirt
acheté d’occasion le poème
tenir par le bout de l’aiguille
et poursuivre et tenir et
au fond de soi-même trouver
les pistes et les bons nœuds
je me souviens pareil le fil
avoir serré bien fort dans mes bras
l’ami l’amie dénouer couper apprendre
écouter comme le froid fait du silence
tout autour et même
dedans


#effraie
Renard gros grand gris court dans les herbes la peur on lui prête
nos émotions Renard grande queue poils grossie dans
la vitesse la bête surprise aperçue vue dérangée peut-être
on va dans le froid sans intention sans même poser
les bonnes questions

5 janvier

cassé la glace
des bêtes
vers 7h30
épais morceaux


#effraie
le blanc mat
de la nuit
l’hiver
quand on mâche quantités de silences
et de petites tentatives

des attentes

11 janvier

#philia
marchant dans les prairies des harmoniques je fais
des harmoniques avec ma bouche avec mon ventre
le tien contre le mien dort l’enfant
fatiguée je marche à grandes enjambées
calme et tranquille, calme et tranquille
les grands arbres les vieux arbres
calmes et tranquilles, calmes et tranquilles
tout ce qu’il faudait faire, faire et encore faire
je ne peux m’empêcher
de penser — pourtant
voilà j’ai réussi tu dors
marchant dans le soleil de janvier je fais
des harmoniques je porte
un petit paquet de futurs
serrés en boule
contre moi

12 janvier

#philia
avec le pied on va
dans les prairies dans les herbes
mouillées janvier le vent
la neige le gel ont tout cuit
c’est beau il dit il court il court il saute
avec les pieds dans la boue sur les arbres
les lacets refaire toujours les pieds
l’un devant l’autre on avance on tape
dans un ballon on rit on écrase
des crottes de brebis on saute
des barrières on arpente on parle on
fait des plans ensemble être là
qu’est-ce que ça veut dire
Le gros de pluie toute la nuit, et le vent dans la cheminée — 
le sommeil tout tremblé parfois on aime
tellement la nuit le vent la pluie
qu’elle dure oui qu’elle dure


#labor
carottes carottes les unes
après les autres
prises la main
les fanes cassées
le vent de janvier
les peurs de toujours
la voix d’un
patron dès le matin
faire des efforts carottes
carottes encore les longues heures
s’étirent dans le silence
ou le grand bruit dedans
la langue heurte le silence
ou le grand bruit dedans


#philia
soir l’enfant la joie
les mots te disent
des vérités qui font tenir
qu’as-tu fait
de ta journée
dis-moi les mots
les choses que tu fais

je te répète
comme tu es là toujours
encore j’y pense
les dix-huit (18) étés
que nous passerons ensemble vertige

15 janvier

#labor #cailloucaillou
Hier, un collègue évoquait la plénitude et la satisfaction qu’il pouvait ressentir lorsqu’il regarde des vidéos de concasseurs à cailloux. Les gros cailloux avancent sur le tapis puis ils sortent plus petits, brisés, en tas, apparement inertes. On lui propose aussi des vidéos de marteau piqueur. Même joie simple.


#labor
Ce qu’être abruti joliment usé par 9h d’un travail éreintant gestes répétés laisse surgir.


#effraie
Bovins dans le pré. Le mouvement lent des bêtes et comme elles appellent le même mouvement lent pour nous-mêmes. Par sécurité déjà. Et pour une sorte de zen peut-être aussi.

16 janvier

#effraie
gros de noir nord plein
le cri répété d’une bête
juste avant l’aube

17 janvier

#effraie
toujours la même
question revient surgit jaillit
faire ou ne pas faire
comment faire
les machines grosses machines
petites machines les mains les bras
je parle des ronces les grosses épines les pionnières
laisser la forêt revenir ou
laisser les prairies ouvertes
la poésie pour mettre les mains
dedans


marchons au rythme de l’âne

20 janvier

#labor
on est dans le silence comme dans
le grand doute et la joie
d’être vivant mais broyé souvent
quelque chose de plus grand venu
écraser la chose on est dans
la petite machine qui parle
et qui parle
et qui parle dedans
une mécanique emballée

#labor je pense à Horticole et aux tentatives autour j’aimerais poursuivre ça aussi

#labor
le pire en fait, ou peut-être, c’est d’avoir l’impression de faire
quelque chose d’utile
on accepte tellement de choses alors

21 janvier

#labor
mais les mots manquent
et pas dans leur absence
ni même par le doute
non
pris dans l’usure
et la casse dedans
le corps la langue
il n’y a plus
de quoi faire tenir


 « Celui qui écrit sait qu’il a un corps et qu’écrire excède le langage. Voilà pourquoi surveiller ce qui s’écrit cela a toujours été surveiller les corps et voilà pourquoi il est encouragé aujourd’hui que plus aucun corps n’écrive. »
 > Pablo Duran, in. L’horizon du langage

22 janvier

#labor
on s’enfonce
en pleine conscience
dans le geste répété
la langue est un mal
de tendons de peau


#labor
une répétition
balbutiée en nous
ouh le bazar
que ça fait
de se taire

23 janvier

L’idée de penser le poème comme une tentative, en dehors de toute idée de performance. Garder ça en tête à chaque fois qu’il s’agit de projeter la parole au dehors.

24 janvier

#labor

 « Si je n’étais pas une vendue, j’aurais noté aujourd’hui dans mon profil candidat : “Ai rempli mon bilan d’entretien sur mon blog, cf. note du 22 janvier 2026”. »
Lucie Desaubliaux, entrée du 22.01

25 janvier

#embâcles
longtemps que je ne suis pas
venu te voir

l’eau est là

je ne suis pas certain qu’elle “coule”
ou alors
si peu
en dessous peut-être

j’aime la savoir
ici

26 janvier

#labor
lisant Ushio Amagatsu, la perception très claire (?) que la poésie — elle aussi alors ? — est un dialogue avec la gravité (les gravités ?)


#effraie
Il faut voir alors comme les haies doutent et ploient — les lamiers sont graissés, affutés, parés — ne reste qu’à trouver la force de poursuivre.

28 janvier

#labor
plusieurs fois pensé qu’on ne fait pas poésie
de tout surtout pas
de ça pensé à plusieurs
reprises dans la journée le froid
la boue l’eau
les gestes répétés ajoutés
les uns aux autres
le noir noir
dedans qui revient
toujours si vite
on ne fait pas poésie
avec ça
plusieurs fois pensé aussi
que c’est ça le boulot
écrire
chercher les mots « quand même »

29 janvier

#labor
ça se met quelque part
partout peut-être même
dans le corps ça se met
jusque dans le doigts
devenus raides raides


#philia
je pense à une performance, l’instinct paternel (ça s’apprend), je pense à des objets, des extraits d’articles, de livres

est-ce autre chose que du poème ?