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samedi 28 septembre 2019, par sebmenard

mais parfois le poème est une perceuse-visseuse 18 volts à renvoyer les angles et d’autres fois c’est le feu des passages, le feu des surgissements — et puis j’en reste à triturer cette matière (la parole) et sans ce triture-là, sans ce silence, SANS CE GROS SILENCE DE TRITURE — et parfois même je me sens comme ces vers qui ravagèrent ma première récolte de fèves, et parfois je pense au bruit de la manducation, leur trituration de fèves, de protéines, quand le silence du soir finissait par venir, envahir la pièce — et parfois même je sais trop bien comme il faut laisser sa place au silence, laisser le silence venir, laisser ça, le silence ne rien faire, ne rien dire, ne rien triturer surtout rien triturer.

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut être existent
ont recouvré le silence.

Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde
en obtenant que quelque chose ainsi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, Quinzième poésie vertiale, traduction Jacques Ancet.

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