Accueil du site > Tendresse, poussières, encore > Le poème va de Je à Nous et se tend

Le poème va de Je à Nous et se tend

mercredi 14 mars 2018, par SebMénard

 

 

 

mais voilà que
j’ai mille vies et je m’en
persuade
ou bien je serais chien
chien errant dit
le poème de la poussière
on ne sait JAMAIS
ce que veulent dire
les mots et je reprends

 

 

 

j’eus mille vies et rêve d’autres matins d’autres temps re-rêve d’autres fleuves et de l’écrire — de l’écrire encore  « je rêve d’encore un grand poème électrique tonique » tout plein d’ardeur — ce que j’essaie j’enfonce le clou de quoi
crac ! crac ! les bêtes  « je rêve d’encore connaître au moins une génération de levers de soleil » et j’ai faim
goulument faim
et tout ça brouille brouille l’horizon de ça
encore
galbenele calendula j’ai fait tisane avant verre de cachaça (bouteille offerte en juin 2017 par André Rougier) (breuvage délicieux distillé par les sans-terre du Brésil que je reconnais comme mes frères lointains) — je rêve de changer quoi de me changer
la peau des os j’attends — j’attends
j’attends l’apparition de ma sagesse ordinaire zen zen zen délicatement occidentale de quoi se libérer le cri-cri de mille vues et je continue j’enfonce —

 

 

 

j’enfonce de paysage — de paysage oui j’enfonce à cru — nage en plein cheval ou bien je serai jument de mille vues de longues vues de longue vie re-répète
j’eus mille vies à l’abri usé je serais cerf si longtemps buvons-le chien-chien roulé en boule ou courant le bois
j’eus mille vies et j’enfonce le — oui j’enfonce le construction de cabanes, l’affûtage d’outils fer bouilli feu allumé corps va-nu-pieds dans poussière continuons
LE POÈME VA DE JE À NOUS ET SE TEND
nous avions mille vies que nous eûmes nous étions mille vies
alors emmanchons
démanchons manchonnons emmanchons-nous emmanchez-vous tendrement bêtes redevenues soyons sachant seyant d’essayer fous-fous de mille vies que nous hûmons sauvages— et nous irons pisser sur les composts et le faisons répétons comme je répète le mantra de mon vieux copain
om ma ne padme om
le poème continuera ras-la-gueule le nom des herbes, le goût des terres, le son des pluies, l’écorce des arbres matière lignée ligneuse papier là que j’écris ou terres rares écrans plats sommes-nous si bêtes devenus ?

 

 

 

 

 

 

à nouveau les bêtes — et de mille vies une au moins peut-être
pour connaître le chant de l’ours et répéter encore le poème dans le noir (nous avons allumé le feu qui éveille — le feu des sens — le feu fou — le feu feu — le feu flammé le flambe debout dans nuit)
et j’hume l’odeur de la sauge
j’exhale le garlic sauce
la pomme de terre
je sue tout mon soùl esprit es-tu là

encore là

 

 

 

nous étions mille vivants de trembler encore (ces nuits où c’était pleurer) (ces matins où une auto — son conducteur ! — tente de te l’enlever la petite vie toute petite vie devant le soleil
et les phares
et les rues
que dit Bouddha
de cela ?)

 

 

 

laissons Bouddha Dharma marchons dans un jour
nouveau marchons PAISIBLES (quasi) marchons
heureux (presque) marchons
entiers (complets) tranquilles (en PAIX) avec
notre douce folie toute douce folie tout doux la bête
folie encore là puis nous rendrons l’ensemble

AU COSMIQUE

 

 

 

je fus cultivateur
j’ai dansé nu

 

 

 

j’accueille
le dernier sun
de l’année
et le premier
avec la même fraîcheur

 

 

 

c’est vrai

mais si tu leur dis
que tu as acheté
UNE PELLETEUSE
ça aura peut-être plus
d’écho

 

 

 

nous avions mille vies
une au moins pour connaître
le poids du vide
le fardeau
ordinaire
se faire sherpa du rien, du néant
de l’absence
du grand Simple

 

 

 

nous avions mille vies
et l’une sert d’écrire un poème
ce poème
dans un train contemplant
l’alignement des phares rouges
attendant au feu d’un boulevard MAIS VOILÀ RÉPÉTONS
accueillons le dernier jour
de l’année
et le premier
avec la même
fraîcheur
(essayons)

 

 

 

accueillons l’enfant
l’ami
ils sont mille vies ils furent
cultivateurs
(eux aussi)
ou méditant
ils ont traversé des forêts
(par exemple)
ils se souviennent
t’avoir vu danser nu
devant les regards
et tu fus femme
tu fus l’homme
tu fuis bête et nous tous
en portons le SOUVENIR

SPIP | squelette | | soutenir les auteurs | ISSN 2495-6910 | Suivre la vie du site RSS 2.0