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Kohn, Eduardo | Comment pensent les forêts : vers une anthropologie au-delà de l’humain

mardi 2 janvier 2018, par SebMénard

 « En fait,outre la finitude, ce que nous partageons avec les jaguars et les autres sois vivants — qu’ils soient bactuériens, floraux, fongiques ou animaux — est le fait que la façon dont nous nous représentons le monde environnant est d’une manière ou d’une autre constitutive de notre être. »

p. 26

 « J’ai passé le plus clair de mon temps à essayer d’écouter, souvent un enregistreur à la main, comment les gens font au quotidien le récit de leurs expériences avec différentes sortes d’êtres. Ces conversations se tenaient généralement lorsque nous buvions de la bière de manioc avec des parents et des voisins, ou bien lorsque nous sirotions le thé huayusa autour du foyer au milieu de la nuit. Les interlocuteurs étaient généralement humais et généralement runa. Mais certaines « conversations » impliquaient aussi occasionnellement d’autres sortes d’êtres : le piaye écureuil qui volait au-dessus de la maison et dont le chant changeait si radicalement le cours de la discussion en bas ; les chiens domestiques dont les gens devaient parfois se faire comprendre ; les singes laineux et les puissants esprits qui habitent la forêt ; et même les politiciens qui montaient péniblement au village lorsque venait la saison des élections. Avec tous ceux-là, les gens d’Ávila s’efforcent d’ouvrir des canaux de communication. »

p. 33

 « Bien que le début de la vie sur cette terre représente certainement, ainsi que Jesper Hoffmeyer l’a si joliment dit, le moment où « quelque chose » est devenu « quelqu’un », ce quelque chose n’existait pas vraiment avant qu’il y ait un « quelqu’un ». Ce n’est pas tant que les choses n’existaient pas avant qu’il y ait des êtres pour les percevoir, mais plutôt qu’avant l’émergence de pensées vivantes su cette terre, rien ne pouvait jamais se tenir en relation avec un soi en tant qu’objet ou en tant qu’autre soi. »

pp. 146-147

 « (…) lorsque la communion n’est pas avec celui qui est mangé, mais entre ceux qui mangent, alors celui qui est mangé doit être transformé en objet. »

p. 165

 « Les gens d’Ávila, comme bien d’autres qui vivent au contact direct d’êtres non humains, voient un certain nombre d’animaux cmme des personnes potentielles avec lesquelles, à l’occasion, ils ont des interactions « personnelles ». Ma rencontre en forêt avec le pécari, cet après-midi là, toute fugace qu’elle était, suggérait la possibilité de ce genre d’intimité trans-espèces. Elle était un rappel du fait que les animaux, comme nous, sont des sois ; ils se représentent le monde d’une certaine manière et agissent sur la base de ces représentations. »

p. 206

Dans les remerciements :

 « Les pensées de ce livre ne m’appartiennent pas ; ce sont celles de la forêt. Je ne suis qu’un véhicule grâce auquel elles ont pu parfois se penser elles-mêmes. La vie continue de cette pensées à besoin d’être constamment re-présentée. Les pensées ne sont vivantes qu’à condition d’être reprises et réinteprétées dans de nouveux contextes vivants. »

p. 325


Kohn, Eduardo, Comment pensent les forêts, 2013, 2017 pour la traduction de Grégory Delaplace, Éditions Zones sensibles.

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