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Emaz, Antoine | Planche

samedi 12 août 2017, par SebMénard

 « Ce que j’appelle « justesse », c’est entendre au bout du poème une sorte de continu sonore sans heurt ni pause ni variation. Que je sois le seul à l’entendre ne change rien à l’affaire : il me faut cette « haute note jaune », stridente, faible, mais continue. Qu’ensuite le poème soit droit ou cassé, bancal ou équilibré, construit ou ruiné… Je veux ce son »

p. 8

 

 

 

 « Deux plaquettes de Roger Lahu : Pas facile d’attraper la queue du singe et En joue ! Feu ! Il y a vraiment chez lui une position « beat » qui ne se démente pas avec les années. La poésie est au bout du stylo, dans le geste qui capte le réel-émotion en prise directe. Roger sécurise moins que moi le poème, mais j’aime son geste libre, aussi décisif que souriant. »

p. 19

 

 

 

 « Ces moments étranges où le poème frôle ; on le sent non pas sous la main, mais à portée de main. Pourtant, si l’on essaie de le saisir, la main ne prend que du vide. C’est bizarre ; rien ne s’écrit, mais on a senti dans le corps la possibilité d’un poème, à ce moment-là. Et puis ça s’éteint : tout reprend son cours normal. (…) »

p. 23

 

 

 

 « (…) Le seul vrai moment de bonheur est celui de la survenue du poème, le premier jet. On ressent alors une impression de maîtrise, d’évidence, comme si la vie/la langue étaient poreuses, porteuses l’une et l’autre d’une vérité simple. Une transparence de loupe, une nécessité sans frein, une musique s’ajuste comme sans mal ni heurt mais avec passions, nerfs surtendus.
Dès le lendemain, ou même quelques heures après, la magie a disparu, et c’est de nouveau suspicion, autocritique… Il n’y a plus d’élan, juste son tracé mort, sa mémoire, et ne reste qu’à travailler une trajectoire. »

p. 28

 

 

 

 « Jours, mois, muets. Je reste arc-bouté sur l’idée que si le poème ne se présente pas, il a ses raisons. Alors qu’il n’y en a aucune à forcer son apparition. Ce serait même une erreur. Pas de raisonnement là-dessus, l’intuiton seule. Si la main a besoin de silence, inutile de forcer. L’attente est déjà une attitude, une position d’écriture, à défaut d’un geste. »

p. 60

 

 

 

 « Ne pas s’interdire d’écrire, ne pas sacraliser ce geste. Il n’est jamais tout à fait nul, même quand ce qui est écrit semble stupide, sans valeur, impubliable. Dans le tas de ferrailles ou de déchets, on peut récupérer de temps à autre, un peu comme dans une décharge ou une casse, tel ou tel objet étrange, inattendu, inutilisable directement mais précieux par ce qu’il porte, révèle, indique d’autre ou de plus loin. »

p. 88

 

 

 


Emaz, Antoine, 2016, Planche, éditions Rehauts.

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