À un moment précis

lundi 11 janvier 2016, par sebmenard

À un moment précis — à une période précise et pour le bien de tous — on enlèverait nos peaux synthétiques — nos peaux en coton. On enlèverait nos jeans nos cuirs tannés — nos tee-shirts équitables et nos pulls en laine. On enlèverait nos pantalons nos bijoux nos baskets en silicone — à un moment précis on enlèverait nos costumes de jour nos costumes de la vie. On jetterait nos masques vides et alors ce serait la nuit — et alors ce serait la neige. Ce serait une nuit dans le blanc — ce serait dans le froid d’une de ces journées courtes et blanches — on serait à l’abri des vents — et des bruits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors — l’un d’entre nous serait le chien — et il danserait comme un chien — sa peau serait celle d’un chien — sa voix même sa voix serait celle d’un chien d’une chienne peut-être. L’un d’entre nous serait tel homme célèbre — celui de ce vieux conte une histoire qu’on se répète sans vraiment la connaître — alors l’un d’entre nous serait cet homme. L’un d’entre nous serait l’arbre — il serait l’arbre immense et raide des forêts mais il danserait comme si les vents chauds de l’été soufflait ses branches — il danserait tendrement. Alors l’une d’entre nous serait le chat — et son corps serait celui du chat avec poils et pattes et tête et queue. Alors l’une d’entre nous serait l’esprit — et ses yeux immenses seraient là jaunes sur son masque d’esprit. Alors l’un d’entre nous serait l’ours — il porterait la peau de l’ours et la tête de l’ours — il aurait le corps de l’ours et il danserait comme un ours ivre des eaux-de-vies qu’on boit certains soirs — sans raison. Alors l’un d’entre nous serait telle petite bête à poils qui vit là et son corps tout entier serait cette petite bête — fragile. Il y aurait les herbes et l’agneau — il y aurait les eaux et d’autres bêtes peut-être même quelque chose un chaman au nom de chef d’orchestre — un type pour siffler dans la nuit dans le blanc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On entendrait la voix de l’ours et la voix des bêtes — on serait chaque bête ici là — on porterait la voix des bêtes comme nos voix nos corps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce qu’on ferait alors ces nuits-là — seuls nos corps en portent les traces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SPIP | squelette | | soutenir les auteurs | ISSN 2495-6910 | Suivre la vie du site RSS 2.0