Accueil du site > Carnets | SebMénard > monstre des soupapes > Ramallah les étoiles > Le soleil écrase tout début d’après-midi

Le soleil écrase tout début d’après-midi

samedi 16 avril 2011, par SebMénard

seconde version

Le soleil écrase tout milieu d’après-midi tu marches sur le béton chaud des trottoirs de Ramallah la sueur entre ta peau entre ta chemise — au carrefour un gosse est là [1] qui appuyé contre la portière d’une grosse bagnole allemande empoche de l’argent — il pose des figues de barbaries sur les sièges passagers arrières — puis revient s’asseoir sur le mur de béton — sous un parasol en carton — accélération gasoil dans le plein soleil.


première version

le soleil écrase tout milieu d’après-midi tu marches sur le béton chaud des trottoirs de Ramallah la sueur entre ta peau entre ta chemise - au carrefour les traffic lights un gosse est là qui appuyé (1) contre la portière d’une grosse bagnole allemande empoche de l’argent - il pose des figues de barbaries sur les sièges passagers arrière - puis revient s’asseoir sur le mur de béton - sous un parasol en carton - accélération gasoil dans le plein soleil.

1. tu n’as jamais fait cette photo - tu arrivais tu descendais la route de Jérusalem et tu marchais sous le soleil - tu transpirais et tu tenais ton appareil tu l’avais là dans les mains et tu regardais ce gosse (2)

2. tu le voyais presque tous les jours il était là sur le mur de béton - toujours au même endroit - les bagnoles les camions passent qui accélèrent devant lui et ses fruits dans des caisses en bois - plein soleil de la journée (3)

3. il s’était fabriqué un parasol en carton - deux grosses pierres et un carton - il posait le parasol sur le mur en béton - et il plaçait les deux pierres en dessous - puis il s’asseyait là - sous l’ombre du carton - et il regardait les bagnoles passer (4)

4. il se levait de temps à autre - remettre les caisses de fruits - elles étaient toutes alignés là au bord de la route - légèrement orientée vers les bagnoles elles attendaient au soleil gasoil (5).

5. c’est ça que tu voulais là dans ton appareil - le gosse appuyé sur la portière d’une grosse bagnole - les fruits au soleil - et les camions qui filent sans cesse (6)

6. liste de toutes les photographies que tu as souhaitées prendre à Ramallah mais pour lesquelles - et pour des raisons différentes voire même inexplicables - tu n’as pas déclenché l’obturateur de ton appareil (registre des mots à écrire) - ce que tu as vu :

types attendant attroupement dans la nuit les gyrophares oranges de quelques bagnoles - fusils assez courts les treillis - gosses courant dans la nuit les phares de ta bagnole / type au milieu du checkpoint fusil gilet lunettes casque pantalon beige tee-shirt bleu - les jambes bien écartées au milieu du bitume tenant son fusil raide raide direction le taxi blanc ton chauffeur / bagnoles toutes en file au checkpoint un soir klaxons gosses sur le bitume pieds nus des bouteilles d’eau la file de bagnole les phares rouges la route en pente le béton bien droit en face / panneau women - les fusils à côté - panneau men - les fusils à côté - une flèche de chaque côté les hommes de ce côté ci les femmes par là / bus vides tous alignés attendant immobiles le soleil dans les vitres les soldats autour / trois lettres RIX le Transfer Center plein de ses voyageurs une fois - le Transfer Center quasi vide une fois - les bagnoles et les tracteurs à travers les vitres - trois photos au moins / la mer c’est quelle mer à travers le hublot ce moment où tu vois encore la mer et l’ombre de l’avion sur le sol les tracteurs dans les champs / dernière version de Sur la Route nouvelle traduction d’après le rouleau original sur la tablette dans l’avion / croissant cigarette le demi-litre de flotte un sac-à-dos 14,8 kilos à la pesée derrière les gosses ballon de foot / couloir immense large et marbre brun tous à tirer une valise tous à marcher droit / moustiques sur l’écran toile cirée d’une table de terrasse - clavier d’ordinateur dans le noir de la nuit Ramallah les étoiles / assiette de riz d’olives d’œufs de tomates et du fromage dans une petite boite blanche et de l’huile d’olive des épices / type une liasse de billets dans une main les bagnoles derrière un filé flou sur le bitume / canne blanche un tabouret en plastique rouge passé la main tendu et une barbe / chaussures toutes au mur cuir noir cuir brun cuir rouge du trottoir au premier étage / verre de vin rouge sur le zinc en verre d’un bar branché de la ville les miroirs derrière le comptoir un type il compte des billets / immeubles des ombres vides et noires dans le ciel et même pas de fenêtres des fantômes de béton / type assis chemise à une table une assiette de pâtes un verre de vin rouge est-ce que ça tiendrait dans une photo ses mots - savoir reconnaître un pétard un feu d’artifice une kalachnikov / conteneur à détritus dans la nuit rouillant éclairé par les phares de la bagnole les chats tous autour / le rideau vole un peu dans la pièce le soir tombe et il est tôt les bruits des bagnoles ne seront pas là sur la photo - les bagnoles à travers la vitre tu vois la route de Jérusalem /

le rideau vole un peu dans la pièce / paquets de cigarettes tous alignés / le rideau vole un peu dans la pièce c’est la nuit l’appel à la prière ne sera pas là sur la photo /

Shamout Center en grand en blanc sur fond rouge et portique au dessus du boulevard la route de Jérusalem et les flics - type de chaque côté de la route la bagnole à côté / types tous assis dans le sens de l’écran à attendre un but en tirant sur les narguilés nuages blancs la fumée la fumée / route le bitume un serpent d’asphalte à travers la terre sèche les sacs plastiques les panneaux publicitaires / feuilles des oliviers le drapeau sur la terrasse en face / flamme bleue dans l’ombre de l’atelier la tôle à plat et le marteau dessus / cœur peint sur un mur à la bombe aérosol rouge des mots tous là sur un mur à la bombe aérosol bleue / types attendant à l’ombre d’un arbre près de la porte de Damas les vieux téléphones bleus gris sous le soleil / bidons pleins de ciment posés sur le bitume et les types appuyés dessus les fusils mitrailleurs dans leurs mains / vieilles tires rouillées toutes entassées montagne de fer au soleil et la poussière /

le rideau vole le soir dans la pièce les pieds sales les fringues tâchées poussières et nos sueurs /

langue de bitume plein nord et le soleil à droite en montant et le soleil à gauche en descendant - les immeubles tous blancs entre le bitume et la mer / virages serrés dans les montagnes les montagnes sèches les arbres le bitume / route vide vide les lampadaires jaunes dans la nuit le grillage et les barres crèves-pneus sur le bitume / jeep seule à un carrefour et trois types et leurs fusils / tours de béton des tours de garde d’ici jusqu’à l’horizon / projecteur dans la nuit - lumière jaune blanche vers la vallée l’ombre des fusils à travers les fenêtres / chiens errants au pied du mur les chiens errants dans le soleil /

le rideau vole le soir dans la pièce - il fait chaud - et tes mains elles glissent sur le clavier

gosses courant sous les lampadaires / types assis sur des chaises en plastiques fumant leurs clopes immobiles / morceaux de viande pendus sous les néons blancs sacs plastiques / chats errants tous maigres et comme des chiens morts à un carrefour / charrettes en bois toutes alignées portes en fer rabattues gyrophares bleues tournant sur les murs / vendeur de thé assis sur sa chaise en plastique et tasse fumant dans la fin du jour / tas de viande à griller qui tourne devant les résistances rouges rouges / phares dans la nuit éclairant les trous bitume / fusils mitrailleurs pointés sous les projecteurs / types qui klaxonnent au volant de leurs bagnoles / immeubles tous vides laissant voir le ciel à travers les fenêtres absentes / sacs plastiques filant à travers les pierres / les rues toutes noires jaunes de la nuit les draps aux fenêtres le bitume comme un tapis jaune orange le bruit d’une bagnole au loin un type qui là – assis sur un fauteuil troué au coin d’une rue il tire sur un clope les sacs plastiques et les poubelles chlinguent la poussière la crasse sur les trottoirs tu es seul dans la nuit / bagnole armée filant dans un nuage de poussière phares jaunes et le bruit d’un moteur filant dans le noir / chat passant sur la terrasse léchant la grille encore chaude viande et graisse / bagnole filant sur le bitume béton baraque / type à jeun debout dans la longue file de bagnole / tags alignés sur le béton / types debout sur les cahutes / fusils mitrailleurs dans le matin / parasols police police ambulances et caméras télés / vent soufflant la poussière dans le matin / types fumant derrière les immeubles pendant ramadan / types marchant dans la nuit sacs plastiques à la main /

Notes

[1] (...) tu n’as jamais fait cette photo — tu arrivais tu descendais la route de Jérusalem et tu marchais sous le soleil et tu transpirais et tu tenais ton appareil tu l’avais là dans les mains et tu regardais ce gosse (...)

(...) tu le voyais presque tous les jours il était là sur le mur de béton — toujours au même endroit — les bagnoles les camions passent qui accélèrent devant lui et ses fruits dans des caisses en bois — plein soleil de la journée (...)

(...) il s’était fabriqué un parasol en carton — deux grosses pierres et un carton — il posait le parasol sur le mur en béton — et il plaçait les deux pierres en dessous — puis il s’asseyait là — sous l’ombre du carton — et il regardait les bagnoles passer (...)

(...) il se levait de temps à autre — remettre les caisses de fruits — elles étaient toutes alignées là au bord de la route — légèrement orientées vers les bagnoles elles attendaient au soleil gasoil (...)

(...) c’est ça que tu voulais là dans ton appareil — le gosse appuyé sur la portière d’une grosse bagnole — les fruits au soleil — et les camions qui filent sans cesse (...)

(...) types attendant attroupement dans la nuit les gyrophares oranges de quelques bagnoles — fusils assez courts les treillis — gosses courant dans la nuit devant les phares de ta bagnole — type au milieu du checkpoint fusil gilet lunettes casque pantalon beige tee-shirt bleu — jambes bien écartées au milieu du bitume tenant son fusil raide raide direction le taxi blanc ton chauffeur — bagnoles toutes en file au checkpoint un soir klaxons gosses sur le bitume pieds nus des bouteilles d’eau la file de bagnole les phares rouges la route en pente le béton bien droit en face — panneau women — les fusils à côté — panneau men — les fusils à côté — une flèche de chaque côté les hommes de ce côté-ci les femmes par là — bus vides tous alignés attendant immobiles le soleil dans les vitres les soldats autour — dernière version de Sur la Route nouvelle traduction d’après le rouleau original sur la tablette dans l’avion — croissant cigarette le demi-litre de flotte un sac-à-dos 14,8 kilos à la pesée derrière les gosses ballon de foot — couloir immense large et marbre brun tous à tirer une valise tous à marcher droit — moustiques sur l’écran toile cirée d’une table de terrasse — clavier d’ordinateur dans le noir de la nuit Ramallah les étoiles — assiette de riz d’olives d’œufs de tomates et du fromage dans une petite boite blanche et de l’huile d’olive des épices — type une liasse de billets dans une main les bagnoles derrière un filé flou sur le bitume — canne blanche un tabouret en plastique rouge passé la main tendu et une barbe — chaussures toutes au mur cuir noir cuir brun cuir rouge du trottoir au premier étage — verre de vin rouge sur le zinc en verre d’un bar branché de la ville les miroirs derrière le comptoir un type il compte des billets — immeubles des ombres vides et noires dans le ciel et même pas de fenêtres des fantômes de béton — type assis chemise à une table une assiette de pâtes un verre de vin rouge est-ce que ça tiendrait dans une photo ses mots — savoir reconnaître un pétard un feu d’artifice une kalachnikov — conteneur à détritus dans la nuit rouillant éclairé par les phares de la bagnole les chats tous autour — le rideau vole un peu dans la pièce le soir tombe et il est tôt les bruits des bagnoles ne seront pas là sur la photo — les bagnoles à travers la vitre tu vois la route de Jérusalem

le rideau vole un peu dans la pièce — paquets de cigarettes tous alignés — le rideau vole un peu dans la pièce c’est la nuit l’appel à la prière ne sera pas là sur la photo

Shamout Center en grand en blanc sur fond rouge et portique au dessus du boulevard la route de Jérusalem et les flics — type de chaque côté de la route la bagnole à côté — types tous assis dans le sens de l’écran à attendre un but en tirant sur les narguilés nuages blancs la fumée la fumée — route le bitume un serpent d’asphalte à travers la terre sèche les sacs plastiques les panneaux publicitaires — feuilles des oliviers le drapeau sur la terrasse en face — flamme bleue dans l’ombre de l’atelier la tôle à plat et le marteau dessus — cœur peint sur un mur à la bombe aérosol rouge des mots tous là sur un mur à la bombe aérosol bleue — types attendant à l’ombre d’un arbre près de la porte de Damas les vieux téléphones bleu gris sous le soleil — bidons pleins de ciment posés sur le bitume et les types appuyés dessus les fusils mitrailleurs dans leurs mains — vieilles tires rouillées toutes entassées montagne de fer au soleil et la poussière

le rideau vole le soir dans la pièce les pieds sales les fringues tachées poussières et nos sueurs

langue de bitume plein nord et le soleil à droite en montant et le soleil à gauche en descendant — les immeubles tous blancs entre le bitume et la mer — virages serrés dans les montagnes les montagnes sèches les arbres le bitume — route vide vide les lampadaires jaunes dans la nuit le grillage et les barres crèves-pneus sur le bitume — jeep seule à un carrefour trois types et leurs fusils — tours de béton des tours de garde d’ici jusqu’à l’horizon projecteur dans la nuit — lumière jaune blanche vers la vallée l’ombre des fusils à travers les fenêtres — chiens errant au pied du mur les chiens errant dans le soleil

le rideau vole le soir dans la pièce - il fait chaud - et tes mains elles glissent sur le clavier

gosses courant sous les lampadaires — types assis sur des chaises en plastiques fumant leurs clopes immobiles — morceaux de viande pendus sous les néons blancs sacs plastiques — chats errants tous maigres et comme des chiens morts à un carrefour — charrettes en bois toutes alignées portes en fer rabattues gyrophares bleues tournant sur les murs — vendeur de thé assis sur sa chaise en plastique et tasse fumant dans la fin du jour — tas de viande à griller qui tourne devant les résistances rouge rouge — phares dans la nuit éclairant les trous bitume — fusils mitrailleurs pointés sous les projecteurs — types qui klaxonnent au volant de leurs bagnoles — immeubles tous vides laissant voir le ciel à travers les fenêtres absentes — sacs plastiques filant à travers les pierres — les rues toutes noires jaunes de la nuit les draps aux fenêtres le bitume comme un tapis jaune orange le bruit d’une bagnole au loin un type qui là – assis sur un fauteuil troué au coin d’une rue il tire sur un clope les sacs plastiques et les poubelles chlinguent la poussière la crasse sur les trottoirs tu es seul dans la nuit — bagnole armée filant dans un nuage de poussière phares jaunes et le bruit d’un moteur filant dans le noir — chat passant sur la terrasse léchant la grille encore chaude viande et graisse — bagnole filant sur le bitume béton baraque — type à jeun debout dans la longue file de bagnoles — tags alignés sur le béton — types debout sur les cahutes — fusils mitrailleurs dans le matin — parasols police police ambulances et caméras télés — vent soufflant la poussière dans le matin — types fumant derrière les immeubles pendant Ramadan - types marchant dans la nuit sacs plastiques à la main et tes mots les mots sans fin ça continue.

SPIP | squelette | | soutenir les auteurs | ISSN 2495-6910 | Suivre la vie du site RSS 2.0