Acolo | 15

vendredi 27 septembre 2013, par sebmenard

Imaginons un train — c’est une longue machine lourde et puissante — ce qu’on ressent c’est le fer — le poids du fer sa force — à l’intérieur ça sent la poussière la graisse chaude et les huiles — entre deux wagons ça sent la sueur la bouffe et la pisse — imaginons le paysage : une vaste plaine sur plusieurs centaines de kilomètres — fertile — recouverte de céréales ou bien parcouru par les bêtes — de temps à autre une longue et large langue de bitume semble tracer une voie éphémère dans cette plaine — à l’intérieur les Hommes vont vers l’Ouest qui sont assis sur leurs valises leurs sacs — peut-être qu’ils rêvent d’une autre vie peut-être qu’ils pensent à l’Ouest peut-être qu’ils ont le souvenir de l’Est peut-être qu’ils parlent dans leur téléphone à une femme restée là-bas — un fils une fille — d’autres ils dorment épuisés des usines ou des terres qui rapportent dans une poche de la chemise un tas de billets pour le mois à venir — à travers le dernier wagon une voix répète « il est parti » et puis se tait.

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