journal permanent | 23 juillet 2013

mardi 23 juillet 2013, par sebmenard

En ce qui concerne le métier que je pratique le plus régulièrement j’ai remarqué ceci :
- on peut se permettre de juger sa valeur — son efficacité — son rôle — sans être spécialiste dudit métier
- on peut — pour rire — en dire du mal mais c’est pour rire
- on n’a généralement aucune solution à apporter pour améliorer la situation ou bien pour rendre constructives les critiques prononcées

Je n’ai pas besoin de nommer ce métier pour analyser la situation : ce fonctionnement n’est pas normal.


Coup de téléphone pour une facture en erreur : il faut payer d’abord puis attendre un remboursement — ou bien essayer de ne pas payer et attendre quelques semaines.


Sur le site site de François Bon je consulte la page bio et je reste fasciné par la dernière section :

Fasciné par le programme mais aussi par le projet Saint Kilda depuis que je l’ai découvert fasciné par cette idée du verre sphérique — et ça ne me gêne absolument pas d’exprimer cette fascination.


En attendant le début d’une réunion je fais des zimages — je prends en photo des choses — toujours surpris de voir que des amis même proches ne connaissent pas nos folies : ce n’est pas que faire une image de quelques chaises me paraisse extraordinaire (justement : c’est la banalité du mouvement qui intéresse) mais plutôt que cela surprenne une amie (il faut retrouver chez Emaz les mots dans les carnets qui évoquent cela) — pourtant je cache peu cela — faire des zimages écrire — mais cet écart en fait — se comprendre (qu’est-ce que je comprends).


En rédigeant le journal permanent j’ai donc noté : il faut retrouver chez Emaz les mots — comme je dispose de ces livres sur mon ordinateur il m’aura fallu quatre clics et un mot pour trouver le passage dans la carnet concerné (nombre de bouquins qu’on aimerait avoir comme ça dans la machine)(le mot tapé était : passion) :

J’aime beaucoup cette note de Reverdy : « Tous portent un masque. Mais le plus terrible, c’est que sous ce masque, il n’y a rien. »Je corrigerai quelque peu, en pensant à la conversation avec S., ce midi. « Tous portent un masque », c’est vrai. Socialement, c’est une protection nécessaire : celui qui n’en a plus ou, plus rare, refuse d’en porter est renvoyé dans les marges, voire les déchets, les rebuts, la lèpre…La seconde phrase de la note est plus discutable. Il faudrait distinguer entre ceux qui ont un visage et qui peuvent parler (disons les créateurs), ceux qui ont un visage mais restent muets, et puis ceux qui, à force de masques, n’ont plus de visages, effectivement. Ils sont certainement les plus dangereux. Les muets sont les plus nombreux ; parce qu’il est trop lourd d’affronter sa propre complexité, ils préfèrent le masque comme un pis-aller simple. Quant aux créateurs, on aurait tort de réduire leur nombre aux seuls artistes patentés : un jardinier, une brodeuse, un diariste, un bricoleur, un passionné de maquettes, un pêcheur hors-pair, un œnologue… tous ceux qui vivent pour une passion sans vivre de leur passion ont un visage, une histoire, une complexité assumée à travers ce qu’on a tort de considérer comme un violon d’ingres, un passe-temps, un divertissement. Le plus souvent d’ailleurs, ils ne parlent guère de ce qui les fait vivre, comme s’ils en avaient honte. Ou bien, c’est au terme d’une prudente approche pour vérifier que l’autre est aussi initié, un tant soit peu, au moins. Et là, sous le masque du cardiologue, de l’informaticien, du prof de maths, de l’employé de mairie, de l’électricien, du restaurateur, du couvreur… on va trouver un pro de la randonnée alpine, de la poésie contemporaine, du rock des années 50, de l’habitat écologique, de la taille des roses, de l’aquarelle… Souvent, ce visage caché reste assez rudimentaire ; la passion se nourrit d’elle-même en quelque sorte, et ne souhaite pas être confrontée au dehors, sinon dans des cercles, des amicales, des groupes qui privilégient l’entre soi. Et ce n’est pas une mauvaise chose d’avoir un lieu où l’on peut poser le masque social et se retrouver entre humains partageant une même passion sans risquer d’être moqué, interdit, marginalisé…Il en va de même pour les poètes, même si les livres finissent par faire une protection assez efficace contre le dehors et l’aigreur.

Antoine Emaz, Cambouis, publie.net.

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